Bildlegenden	En Suisse, plus de 600'000 personnes s'occupent d'un proche.
Bildlegenden	En Suisse, plus de 600'000 personnes s'occupent d'un proche.

Des gains élevés pour les proches aidants? «Il faut un nouveau barème de soins»

Caritas propose un modèle à but non lucratif pour les soins prodigués par les proches

Les organisations privées d'aide et de soins à domicile réalisent des bénéfices importants en employant des proches aidants. Avec son modèle à but non lucratif, Caritas Suisse offre une alternative. Tobias Holzgang, responsable du projet de soutien aux porches aidants à Caritas Suisse, explique comment ce modèle fonctionne et ce qu’il estime nécessaire d’urgence de la part des politiques et des autorités.

En Suisse, environ 600 000 personnes fournissent régulièrement soins et assistance à leurs proches, souvent en silence, sans être rémunérées et sans couverture sociale. Elles accompagnent leurs parents, leurs partenaires ou leurs enfants à travers la maladie, l'âge ou les restrictions et assument des tâches qui soulagent notre système de santé.

Avec son offre à but non lucratif, Caritas Suisse a créé un modèle qui soutient les proches aidants, les rémunère équitablement et les accompagne de manière professionnelle. Parallèlement, le sujet est sous surveillance politique: les entreprises privées d’aide et de soins à domicile qui se sont spécialisées dans l'embauche de proches aidants sont de plus en plus critiquées, car les marges bénéficiaires élevées pèsent lourdement sur les coûts pour les communes, les cantons et les payeurs de primes.

Caritas met délibérément l'accent sur un autre aspect. Tobias Holzgang explicite dans cette interview les fondements de cette démarche et quelles en sont les priorités.

Tobias Holzgang, en quoi consiste exactement l'offre de Caritas et pourquoi est-elle nécessaire 

Depuis longtemps, les proches aidants ne sont plus un phénomène marginal, mais un pilier des soins de santé en Suisse. Pourtant, leur travail est souvent négligé. Notre programme nous permet de les accompagner professionnellement et de les rémunérer 35,50 francs de l'heure. Cela permet de soulager les proches aidants, mais aussi de les protéger financièrement pour l'avenir.

Pourquoi Caritas s'engage-t-elle dans ce domaine 

La mission principale de Caritas est de lutter contre la pauvreté. Les personnes qui s'occupent de leurs proches réduisent souvent leur temps de travail ou quittent complètement leur emploi parce que les soins demandent beaucoup de temps. Cela entraîne des pertes de salaire, un manque de protection sociale et souvent, plus tard, des lacunes dans la prévoyance vieillesse.

Tobias Holzgang, Projektverantwortlicher Caritas Care
«Notre modèle fonctionne différemment de manière délibérée: nous travaillons à but non lucratif.»Tobias Holzgangresponsable du projet de soutien aux porches aidants

Il n'existe pas encore de solution en Suisse pour le travail de care non rémunéré. Mais grâce à notre offre, nous pouvons désormais en rémunérer une partie. Ce faisant, nous créons à la fois une meilleure qualité dans les soins à domicile et une plus grande sécurité sociale pour les personnes qui effectuent ce travail important. Nous versons des salaires équitables ainsi que des cotisations aux assurances sociales et évitons ainsi que l'assistance ne débouche à long terme sur la pauvreté.

Vous dites que les prestations des proches aidants sont souvent négligées. Pourquoi?

Parce que ce travail se fait souvent dans la sphère privée et qu'il est encore considéré comme allant de soi par la société. De nombreux proches assument des tâches de soins et d'assistance exigeantes, sans que cela soit perçu comme une prestation de soins à proprement parler.

Pourtant, il est clair que sans les proches aidants, notre système de santé et notre système social seraient soumis à une pression massive. De nombreuses personnes ne pourraient plus vivre chez elles, mais devraient être placées plus tôt dans des établissements hospitaliers ou être hospitalisées plus souvent.

Les proches aidants soulagent donc non seulement leur famille, mais aussi les communes, les cantons et l'ensemble du système de santé.

De nombreux proches effectuent ce travail sans être rémunérés et sans accompagnement professionnel. Qu'est-ce que cela signifie pour eux?

Cela implique souvent une double charge de travail énorme. J'ai déjà mentionné les pertes financières. À cela s'ajoute la charge émotionnelle. Les personnes qui s'occupent d'un proche ne sont pas de simples prestataires de services, mais sont fortement impliquées sur le plan émotionnel. Cela peut conduire à l'épuisement, à l'isolement et à l'insécurité financière.

De plus, les services proposés pour soulager et aider les personnes concernées sont très variés. Chez nous, un ou une professionnel-le des soins, active dans la région concernée, soutient les proches aidants afin de trouver les offres adaptées en matière de relève ainsi que de formation initiale et continue. Par ailleurs, la possibilité de bénéficier de relève dépend aussi toujours des moyens financiers: les personnes qui n’en disposent pas ne peuvent pas se permettre d’y recourir. De nombreux proches aidants consacrent leur salaire à financer des prestations de relève. En outre, ces infirmiers-ères se chargent de la coordination avec d'autres prestataires de services tels que les services publics d'aide et de soins à domicile ou les services de relève.

Actuellement, les entreprises privées de soins à domicile, qui se sont spécialisées dans l'embauche de proches aidants et qui réalisent des bénéfices élevés, font l’objet de nombreuses critiques.  Partagez-vous ces critiques?

Absolument. Cette discussion est importante. Si l'argent public finance en premier lieu les bénéfices élevés des entreprises, il y a un défaut dans le système. Le tarif prévu par la loi sur l'assurance maladie (LAMal) est actuellement trop élevé. En effet, les soins prodigués par les proches et les soins traditionnels dispensés par les organisations d'aide et de soins à domicile entraînent des coûts structurels différents. Cette situation est actuellement exploitée pour maximiser les profits.

En quoi Caritas se distingue-t-elle des entreprises d'aide et de soins à domicile à but lucratif 

Notre modèle fonctionne différemment de manière délibérée: nous travaillons à but non lucratif. Cela signifie que nous renonçons à maximiser des profits. C'est pourquoi nos coûts complets par heure sont inférieurs à ceux des organisations privées d’aide et de soins à domicile. Tout ce que nous générons est réinjecté dans notre offre afin de la développer et de l'étendre.

Nous proposons par exemple, en collaboration avec la Croix-Rouge suisse, une formation CRS pour les proches aidants. Cette formation est obligatoire dans certains cantons pour nos proches aidants; nous en prenons en charge les frais. Elle les prépare à leurs tâches. Les participants obtiennent un certificat valable dans toute la Suisse. Cette offre de formation vise à améliorer la situation en matière de soins.

Par rapport aux entreprises à but lucratif, nous encadrons de plus près nos proches aidants. À un taux d’occupation de 100 %, nos infirmières accompagnent en moyenne 24 proches aidants. Cela nous permet d'assurer un suivi étroit et personnalisé.

Caritas travaille également en collaboration avec les communes. Quel est l’objectif concret?

Nous considérons que notre rôle est de partager notre expérience avec les autorités compétentes. Nous présentons par exemple chaque année notre évaluation des coûts et montrons ainsi que les soins aux proches ne doivent pas peser inutilement sur les cantons et les communes. De plus, nous nous engageons politiquement pour que les soins aux proches soient reconnus et que des conditions légales soient créées pour couvrir leurs besoins.

Les critiques disent qu’employer des proches soignants renchérit le système de santé. Qu'en pensez-vous?

Actuellement, les organisations d'aide et de soins à domicile pour les soins aux proches et celles pour les soins traditionnels sont traitées de la même manière par les caisses d'assurance maladie, tant en ce qui concerne le financement que les exigences en matière d'assurance qualité. Cela crée en effet actuellement de mauvaises incitations. C'est pourquoi certains cantons s'attellent désormais à établir une réglementation, ce dont nous nous réjouissons.

Les soins prodigués par les proches sont souvent moins chers que les soins traditionnels, car les coûts administratifs et d'infrastructure sont moins élevés. La politique doit donc davantage orienter le financement vers les coûts réels. Avec un financement correct, les soins aux proches permettraient d'économiser des coûts.

Que demandez-vous concrètement?

Le tarif LAMal pour les prestations de soins de base (catégorie C) est trop élevé. Il faut un tarif spécifique pour les soins aux proches, ce qui permettrait également de définir les conditions-cadres.

De plus, les contrôles effectués par les autorités ne sont pas suffisants. Souvent, ceux-ci s'arrêtent à la frontière cantonale. Il faudrait collaborer à l'échelle de la Suisse. Des conditions uniformes simplifieraient également le travail des caisses maladie. Actuellement, les assurés de l'assurance de base sont traités différemment selon leur caisse maladie. Cela ne devrait pas être le cas.

Comme de tels changements structurels ne peuvent être mis en œuvre que lentement au niveau politique, comment Caritas réagit-elle à court terme?

Nous partageons nos expériences avec les autorités et le monde politique et montrons de manière transparente comment l'embauche de proches aidants peut faire partie d'un système économiquement durable.

Quel est l'objectif à long terme de Caritas avec son offre pour les proches aidants?

Nous voulons que les proches aidants soient reconnus comme une partie importante des soins de santé, politiquement, socialement et financièrement.

Lorsqu'une personne en Suisse décide de s'occuper d'un proche nécessitant des soins, elle doit bénéficier d'une protection financière et sociale en conséquence. Son travail doit être reconnu et soutenu en conséquence.

Si vous pouviez transmettre un message aux directeurs de la santé et aux présidents de communes aujourd'hui, quel serait-il?

Qu'il existe déjà des solutions qui apportent un réel bénéfice à la population. Une meilleure mise en réseau permettrait de renforcer et de développer ces offres.

Rédigé par Kyra Renidear, responsable marketing «Soins aux proches», Caritas Suisse

Nous organisons volontiers des interviews et répondons aux demandes des médias à l’adresse: medias@caritas.ch

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Header image: Bildlegenden En Suisse, plus de 600'000 personnes s'occupent d'un proche. © Alexandra Wey